Nos premiers pas

“ La première fois c’est une erreur, la seconde fois c’est qu’on le fait exprès” Proverbe chinois

Après 2 longs mois de travaux, d’intenses péripéties administratives, l’école démocratique Yvonne Guégan a ouvert ses portes le 4 juin 2018!

Nous avons envie de vous partager ces 2 mois d’expériences dans cette toute nouvelle école. Nous n’avions jamais été facilitateurs dans une école démocratique. Alors pendant ces 2 mois, nous avons été libres d’expérimenter, de nous tromper, de recommencer, de jouer, d’être nous-même, de manger à l’heure que nous le souhaitions…

LE COLLECTIF: Besoin d’être un groupe

 

Pendant 2 mois, nous avons construit ensemble un groupe de pionniers: les premiers membres actifs de l’école démocratique Yvonne Guégan. Le besoin d’appartenance à un groupe, inhérent à chaque être humain a été le besoin sur lequel nous avons mis le plus d’énergie. L’équipe des facilitateurs a opté pour le tout collectif avec un maximum d’activités communes. Cela s’est fait naturellement, nous disposons d’espaces séparés et nous sommes le plus souvent restés dans les mêmes espaces bien que nos activités pouvaient être différentes. Les citoyens que nous accueillons sont à la recherche de l’autre, ils ont envie de faire en groupe.

Ils ne souhaitent pas rester longtemps seuls, cela est arrivé de manière sporadique, le plus souvent pour s’apaiser ou pour flâner dans ses pensées.

Pour nous, l’autogestion de l’école est primordiale. Le leadership est un inconditionnel de la vie en groupe et nous souhaitons qu’il ne soit pas immuable au sein du groupe et détenu par les adultes pour que chacun puisse à un moment en éprouver les bienfaits et/ou méfaits. L’école offre un terrain aux jeunes où les dires des adultes n’influencent pas les étudiants de par le statut Adulte mais par leur statut de citoyen égal à l’Enfant lui aussi citoyen. Un terrain où ils puissent éprouver les modalités de la démocratie participative au quotidien: qu’ils soient en capacité d’exprimer voire de défendre leur point de vue, de lâcher prise lorsque le groupe ne va pas dans leur sens, de ne pas suivre le groupe aveuglément. Que les citoyens de l’école soient confrontés aux avis différents, similaires ou opposés aux leurs. Cette organisation nous a permis de prendre toutes les décisions concernant le quotidien de l’école (quelle organisation pour le ménage? Pourquoi financer une formation à une facilitatrice? Quel budget consacré pour un ordinateur? Quelles actions mettre en place pour avoir plus d’inscrit.e.s? Comment cohabite-t-on avec l’association les Amis d’Yvonne Guégan?) Je vous fais ici un petit “best of des questions soulevées lors des Conseils d’École.

Le groupe a été mouvant (arrivée ou départ du fait des vacances), chaque nouveau membre qui venait était attendu et un temps collectif lui était consacré. Chaque matin ou presque, nous avons mis en place la “cérémonie de la tisane”: où nous nous retrouvons autour d’une tisane à la verveine et à la menthe, cueillis dans le jardin et échangeons des choses de la vie quotidienne de manière informelle. Cela peut aller de l’accueil d’un nouveau membre à la dernière vidéo vue où des envies particulières de chacun. Ce temps permet à chacun de se réveiller et de se projeter collectivement ou individuellement dans la journée.

Les temps collectifs étaient généralement des jeux, nous les avons presque tous fait: compétition, simulacre, vertige sauf les jeux de hasards.

Être un groupe et faire des choix n’est pas chose simple. Nous avons des âges différents, des envies différentes et des caractères différents. Nous avons laissé tomber le Forum d’Intelligence Collective, trop formel, la “cérémonie de la tisane”, informelle est bien plus efficace, surtout lorsqu’il y a un gâteau au chocolat à se mettre sous la dent!

Des conflits ont éclaté entre membres, du même âge ou non et ont été réglé grâce à l’intelligence collective. Un conflit au sein d’un groupe de petite taille (de 4 à 10 membres) et la proximité a donné à chacun l’occasion de faire attention à l’autre. Beaucoup d’apprentissages ont été fait grâce aux conflits concernant les règles implicites du bien vivre-ensemble. Il n’y a pour l’instant aucun règlement dans l’école. Les conflits ont été exposés au collectif, chaque partie pouvant s’exprimer et s’excuser grâce à un climat d’écoute active et d’accompagnement du groupe. Nous avons expérimentés les bienfaits de la Communication Non-Violente, elle n’est pas facile à mettre en place et est très efficace. Elle aide à surmonter des émotions telles la honte, la culpabilité, la haine, la frustration, l’anxiété, la désillusion …

A la rentrée, des ateliers de sensibilisation à la Communication Non-Violente pour les 5/7 ans et pour les 12/14 ans vont être mis en place, l’un sous forme de jeu et l’autre sous forme de conversation. Une des facilitatrices de l’école va suivre la formation de Communication Non-Violente et une conférence sur le sujet aura lieu à destination entre autre des parents.

 

LA LIBERTÉ ET RESPONSABILITÉ

 

Pendant 2 mois les citoyens ont été libres, libres d’expérimenter, de se tromper et d’apprendre.

Très vite, les jeunes ont pu se rendre compte que la liberté n’est pas chose aisée.

Être libre, c’est formidable et il faut composer avec le groupe.

Lorsque nous accueillons les citoyens, nous en appelons très rapidement à sa responsabilité dans le groupe. Le groupe a besoin de lui, besoin de sa personnalité, de sa réflexion pour être un collectif créatif et paisible. Une grande responsabilité est donnée en même temps qu’une liberté totale est laissée.

Démocratique = le pouvoir au peuple, je le traduis par le pouvoir au citoyen. Il est de la responsabilité de chacun d’exercer son pouvoir.

Et les étudiants se prennent au jeu. Les enfants et les adolescents sont même très sérieux dans ce domaine. Quelque soit leur âge, ils savent que leur avis compte, ils le voient tous les jours au sein de l’école dans des situations différentes, dans le collectif, dans un jeu, lors d’une réunion, lors d’échanges ou encore lors d’un atelier et de fait, ils prennent la mesure des choses. Certains sujets les intéressent moins mais nous (facilitateurs) avons besoin de leur vote pour avancer dans nos travaux de facilitateurs et cela ils en ont conscience et ne souhaite pas déléguer leur “pouvoir de décision” et laisser les adultes gérer à leur place.

 

LE MÉLANGE DES AGES

 

Pour résumer le mélange des âges, je dirai que c’est magique. Ce qui se vérifie en permaculture se vérifie dans un groupe d’humain: plus il y a de diversités, plus le milieu est riche!

Les grands (ados) veillent aux petits, les moyens-grands (8/10 ans) font attention aux petits mais n’hésitent pas à les remettre en place. Les grands font preuve d’une grande patience. J’ai pu observer un jeune de 14 ans jouer avec un autre de 6 ans en train de jouer au ping pong pendant une demie heure. Une demie heure sans aucun échange car la balle était perdue par le plus jeune, car le ping pong n’est pas activité facile!

Et lorsque les grands ou moyens grands reprennent le plus jeune, ce dernier écoute et se plie à la suggestion du grand ou moyen grand. Les grands ne sont pas les adultes, ce sont les adolescents.

Les adultes ont un rôle d’adulte, nous sommes identifiés comme référent lorsque le matériel est compliqué à gérer, que les grands ne souhaitent pas être avec les petits ou faire des activités qui n’intéressent pas les petits. Les adultes interviennent pour tout ce qui concerne la sécurité.

 

 

L’essai est très concluant, nous sommes convaincus de la raison d’être de cette école, ces impacts et ce qu’elle apporte aux étudiants. Nous sommes fins prêts à reprendre, nous avons appris beaucoup, notamment en terme législatif: la législation n’était que théorique avant d’accueillir des jeunes, la mise en application des obligations administratives est une toute autre épreuve!

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